Pénétrons donc, avec Edmund S. Phelps, dans ce jeu qu'est, selon lui, l'économie... Déjà les tout premiers mots de son "Introduction" nous arrêtent : "Ce qui cimente une société, ce sont les avantages réciproques que trouvent ses membres à procéder entre eux à des échanges, à collaborer ensemble à la production et à échanger des produits. L'économie d'une société est le terrain de rencontre en vue de tels échanges."

     "Echanges"... "Avantages réciproques"... "Collaboration"... "Terrain de rencontre"... Voici tout un vocabulaire plus que significatif... De quelle réalité nous entretient-il?

     De l'économie où règnent les échanges marchands... De la très pacifique et fraternelle économie de marché... où peut venir jouer qui le souhaite, sans aucune condition que de se plier aux règles de ces charmants petits échanges (entre égaux?)... où les choix paraissent très ouverts puisque, ainsi que le rapporte notre Prix Nobel : "Pour que l'échange se développe, il faut que lorsque les gens choisissent le rôle qu'ils devront jouer dans l'économie, ils soient guidés par des lois et par des incitations. Il faut qu'il y ait des 'règles du jeu', afin que les gens sachent quand jouer leurs cartes."

     Les "gens", les "gens"... "People" sans doute, dans l'original... Autrement dit : le tout-venant.

     Le tout-venant va se "choisir un rôle qu'il devra jouer". C'est déjà un peu plus sérieux...

     Car les "règles du jeu" sont là pour que "les gens sachent quand jouer leurs cartes"...

     Il est alors soudainement très clair qu'avant même d'entrer dans le jeu de l'échange, ces braves "gens" étaient détenteurs de "cartes"... Et par exemple, plutôt de celles-ci... que de celles-là... Ce qui veut tout simplement dire qu'avant de jouer eux-mêmes, ils ont été... joués. Mais, cela, il ne faudra pas s'attendre à ce qu' Edmund S. Phelps nous en fasse la confidence...