Par quoi "les gens" occupés, selon E. S. Phelps, à "jouer leurs cartes" sont-ils joués? Par un objectif sous-jacent au système des "règles du jeu" qui ordonnent le mode capitaliste de production, objectif que le prix Nobel 2006 énonce sans crier gare : "Pour que les efforts soient encouragés et coordonnés - pour aboutir, en fait, à une division du travail à l'échelle de l'économie -, il faut qu'il y existe des droits et des interdits reconnus, des récompenses et des sanctions escomptées, des conventions et des normes auxquelles on puisse se fier."

   
La "division du travail" se présente d'abord sous sa façade technique : division des tâches, spécialisation des travailleurs, et hausse consécutive de la productivité. Devons-nous nous en tenir là?

    Désireux de nous fournir une illustration que, sans doute, il juge adéquate, notre auteur fait immédiatement suivre la phrase précédente de celle-ci : "Le livreur compte sur son employeur pour lui verser le salaire convenu, sur l'Etat pour fixer le montant des impôts votés, et sur ses voisins pour ne pas lui voler ce qui lui reste ; en retour, son employeur s'attend à ce qu'il livre la marchandise."

    Et voilà que nous saute aux yeux - et sans que cela paraisse troubler le moins du monde jusqu'à un spécialiste de la dimension de E.S. Phelps - que loin de mettre en scène une "division du travail", son exemple nous place d'emblée dans une tout autre séparation, bien plus fondamentale celle-ci : la dichotomie travail/capital...

    C'est bien ce qui fait le fond de l'économie capitaliste.

    Mais c'est aussi de quoi il ne faudrait surtout pas parler.

    Or, après à peine une demi-page d'écriture, la frontière de classe est tracée sans crier gare, et avec elle le système de coercition - l'Etat - qui en garantit le respect. Mais c'est un peu comme le nez au milieu de la figure : trop visible pour être vu du premier coup d'oeil...