Extraites des deux premières pages de l'"Introduction", les citations précédemment rassemblées font apparaître des termes qui appartiennent à la vulgate de ce que l'on pourrait appeler la "liberté d'entreprendre" en tant qu'elle n'est d'abord qu'une mise en scène à l'usage des benêts : "offrant aux participants un éventail de perspectives", "les aspirations et les capacités", "les choix individuels", "les biens que les gens désirent", "la nature des perspectives individuelles".  

    Mais on doit aussitôt convenir de ceci qu'en tant qu'il s'agit des maîtres-mots de l'idéologie dominante, il faudrait atteindre à un certain héroïsme pour réussir, face à eux, à s'arracher à la quasi commune condition de... benêts.

    D'ailleurs revoici le rouleau compresseur tel que le prix Nobel 2006 le pilote : "Les biens, pour mériter ce nom, doivent satisfaire les aspirations d'une ou plusieurs personnes - aspirations à la sécurité, au confort, à la découverte, à l'expression, à l'épanouissement, etc. Les biens sont les instruments de satisfaction des aspirations humaines."

    Aspirons, aspirons : il en restera toujours quelque chose...

    Et sans sauter un seul mot, lisons ce qui suit, là, immédiatement : "Un lopin de terre n'est donc pas un bien; c'est une ressource permettant de produire des biens."

    Si nous avons maintenant la curiosité de nous déplacer jusqu'à la dernière page de l'"Introduction", nous découvrons que le terme "biens" figure parmi les "concepts introduits" par E.S. Phelps... C'est donc tout à fait sérieux.

    Car, comment pourrait-il avoir le front de nous traiter lui aussi, lui surtout, comme des benêts?...

    Bons élèves, nous sommes donc tout à fait disposés à renvoyer à son ignorance crasse le cultivateur qui a la faiblesse, lui, de voir dans le moindre de ses lopins de terre un bien parmi d'autres qu'il ne peut que rassembler dans "mon" bien... Voilà ce que c'est que de ne pas fréquenter l'université Columbia de New York!

    C'est donc comme un rare privilège qu'il nous faut recevoir cet étonnant charabia logique qui vient ponctuer la transition qui va des "ressources" aux "biens", à travers la production : "Par nature, les biens doivent aussi pouvoir être obtenus à partir des ressources existantes [O.K.]. Ou un bien est produit aujourd'hui avec des ressources existantes, ou il est lui-même une ressource, telle la lumière du soleil ou des aliments stockés depuis le moment de leur production."

    Façon jeu de bonneteau, c'est très fort... Qu'y a-t-il sous le chapeau : bien ou ressource, si un bien peut, à loisir, se transformer en ressource?

    Et voilà qu'à son tour, cette chère "lumière du soleil", qui comme tout bien qui se respecte (selon E.S. Phelps) peut très bien satisfaire "les aspirations à la sécurité, au confort, à la découverte, à l'expression, à l'épanouissement, etc.", n'est plus un bien mais une ressource.

    Sous l'effet d'un tel alcool de jus de chaussette, il ne sera pas étonnant de nous voir tituber quelque peu. C'est alors que le maître de l'université Columbia sort son très joli violon (pendant que le capital se tord de rire) : "Parmi les biens, tous ne satisfont pas notre intérêt personnel, au sens étroit du terme. Faire un cadeau est un bien si cela satisfait le désir qu'éprouve celui qui donne d'exprimer son affection. Se porter volontaire pour un travail non rémunéré est un bien si cela satisfait le désir qu'a le volontaire d'exprimer son sens de la communauté."

    Communiste, ce brave professeur?...