Pour finir de nous noyer dans sa grande lessive de sommité mondiale de l'économie, E.S. Phelps en vient à citer son confrère canadien, Robert A. Mundell (1968) : "En économie, le concept de bien est très large. Un morceau de pain est un bien, et de même une voiture, une maison, un tableau, un disque des Beatles, un lit et un chien. Et aussi peut-être l'air, un rendez-vous avec une jeune fille, un bain dans l'océan, une conversation avec un génie..."

    Mais, de façon subreptice, le prix Nobel nous glisse à l'oreille quelques bonnes nouvelles en provenance... du capital et... du travail, dont il sait très bien qu'ils ne sont pas venus là simplement en touristes.

    Il serait toutefois difficile de masquer la personnalité réelle du premier (le capital), davantage que ne le fait ce fourre-tout : "La monnaie, les actions et les obligations représentent des actifs financiers que l'on s'attend à pouvoir échanger contre des biens."

    Certes, l'échange des biens (si, cette fois, nous laissons filer l'étrange saumure dans laquelle E.S. Phelps les fait flotter, pour préciser qu'il s'agit, chez lui et sans qu'il le dise, des "biens de consommation") passe par l'utilisation de la monnaie. Ceci n'a vraiment rien à voir avec... les actifs financiers.

    De même que, par ailleurs, on peut revendre des actions et des obligations pour aller au bal... Et alors?

    Non : actions et obligations sont constitutives d'un capital, c'est-à-dire qu'elles permettront l'acquisition de moyens de production et l'embauche de travailleurs, dans l'intention d'engendrer du profit.

    Or, sur cette même page (qui n'est encore que la troisième de l'"Introduction"), voici venir le compère travail en habits du dimanche : "On a ainsi admis depuis longtemps que, dans certains emplois, le travail est en soi gratifiant. Les sociologues parlent des satisfactions du travail, les économistes de rémunérations non pécuniaires - rémunérations autres que celle que constitue le salaire. Les meilleurs emplois ont un large éventail de caractéristiques, parmi lesquelles certaines sont en fait des biens pour celui qui occupe l'emploi en question."

    Revoici donc les "biens"... Et en quelle belle posture! Acquis à l'occasion du travail, "rémunérations non pécuniaires" du travail! Ne faudra-t-il pas, alors, les retirer sur les salaires?

    Et pour celles et ceux qui auraient la comprenette pas tout à fait au point, en voici - sur la même page - une couche de plus : "Bien sûr, de nombreux emplois sont encore purement fastidieux ou pénibles. Pourtant, il ne faudrait pas sous-estimer l'importance des rémunérations non pécuniaires : les emplois diffèrent tant les uns des autres de ce point de vue, et ces différences peuvent avoir une valeur considérable. Créer quelque chose, quoi que ce soit, ou participer avec d'autres à la production de quelque chose - de tels biens ont une grande valeur pour chacun d'entre nous, ou presque."

    C'est tout juste ce qu'écrivait la marquise de Sévigné à Coulanges le 22 juillet 1671 : "...faner est la plus jolie chose du monde, c'est retourner le foin en batifolant dans une prairie…"

     C'était donc déjà de la grande, de la très grande économie politique!... Oh, pauvres de nous, qui avons cru, autrefois, pouvoir en rire à gorge déployée!...