E.S. Phelps récapitule son propos en ce qui concerne les biens, et nous ne sommes effectivement pas déçus : "Les biens sont donc ce qui constitue les rémunérations. Toutes les rémunérations pour participation à l'économie de la société, versées ou non, pécuniaires ou non, prennent la forme de biens, ou de moyens d'acquérir des biens."

    Ce qui ne nous empêche pas, pour notre part, de dire que les biens ainsi définis sont des biens de consommation, tout en reconnaissant que le prix Nobel 2006 donne à ceux-ci une extension inattendue : il inclut dans le champ de son économie les rémunérations non pécuniaires procurées à l'occasion de l'exercice d'un travail et les qualifie, elles aussi, de biens (de consommation, ajoutons-nous). D'où il faut inférer qu'il s'agit, tout en travaillant, d'ajouter à la rémunération en cours de formation, une part de plaisir non rémunéré, mais qui doit entrer, d'une façon ou d'une autre, dans la comptabilité économique... Nous ne voyons pas en quoi cela pourrait consister, sauf à inviter l'employeur à se montrer circonspect en matière de rémunération sitôt que ce plaisir, jusque-là clandestin, se met à exister...

    Or, arrivé à ce point de son exposé de la position générale des "biens", E.S. Phelps prétend pouvoir nous fournir une définition générale de sa sphère d'étude : "L'économie est le lieu où interagissent aspirations et ressources, le résultat étant la production de biens pour les participants." Et ce serait donc effectivement un jeu : en toute circonstance de travail, nous batifolons plus ou moins...

    Mais, pour la part qui dépasse ces biens [de consommation] qui accompagnent, selon E.S. Phelps, l'activité de travail, il faut passer par l'utilisation de ce qu'il appelle des "ressources". Elles sont de provenance très diverse et de statut parfois complètement opposé, puisqu'en système capitaliste le capital fait face au travail, comme un maître face à son employé. Mais nous savons que, comme l'essentiel des économistes depuis maintenant 150 ans, E.S. Phelps "oublie" le problème que pose l'exploitation du travail jusqu'à appuyer très fort sur le plaisir, etc...

    Et voici, selon lui, en quoi consistent ces "ressources" nécessaires à la production des biens [de consommation], les seuls qu'il ait considérés jusqu'à présent : "Ces ressources peuvent être classées en trois catégories, qui correspondent à peu près au trio célèbre - travail, terre et capital."

    Pour rajouter à la confusion du début, il définit ainsi le travail : "Ce sont les ressources humaines - les capacités physiques et intellectuelles des participants à l'économie. La production de quelques biens ne nécessite aucune intervention humaine (les couchers de soleil, l'eau qui jaillit d'une source naturelle, les expositions de curiosités dans des musées dépourvus de personnel), mais ceci constitue l'exception."

    Nous remarquons, une nouvelle fois, en quoi cette façon de voir des biens là où ça chante au prix Nobel 2006 d'économie, fait de sa discipline, l'économie justement, un abominable fourre-tout.

    S'agirait-il d'un hasard?