Revenons aux trois catégories en lesquelles E.S. Phelps répartit les "ressources" nécessaires à la production des "biens" [de consommation].

    Le travail est directement rattaché à la personne humaine : "capacités physiques et intellectuelles", mais ensuite, le vocabulaire se relâche : "des participants à l'économie". Qui, dans une société organisée, ne serait pas, d'une façon ou d'une autre un "participant à l'économie"? Serait-ce, pourtant, y figurer comme "travailleur"?

    La seconde catégorie concerne la terre : "Ce sont les ressources naturelles - la terre, l'atmosphère, l'eau et les autres minéraux, les poissons ou la nature." Ceci est tout de même fort vague.

    Mais nous voyons que les deux premières catégories forment un ensemble où, entre les ressources naturelles et les ressources humaines (le travail), c'est-à-dire entre les deux pôles : fondements matériels de toute activité humaine, d'une part, et d'autre part cette activité elle-même, des rappports dynamiques vont pouvoir s'établir, pour déboucher sur une production de richesse économique... Selon quelle répartition des tâches et des fruits du travail réalisé? C'est ce que nous ne sommes pas encore en situation de mesurer.

    Arrivons-en à la troisième et dernière catégorie, le capital. Selon notre guide, "ce sont les ressources produites et accumulées dans le passé en vue d'un usage futur - regroupées sous le terme générique de capital". Ici une première halte s'impose...

    E.S. Phelps a vite fait de nous jeter, et ceci en une seule phrase, dans une nouvelle et double méprise : il oublie tout d'abord de séparer les "ressources produites" par le travail, et ensuite "accumulées" par les détenteurs du capital au détriment du premier ; il omet ensuite d'indiquer que cette accumulation [des fruits d'un travail "passé" qui n'est pas le leur], a pour raison d'être l'obtention "future", à travers l'exploitation d'une nouvelle "génération" de travail vivant et pour ces mêmes détenteurs du capital, d'un profit qu'ils s'approprieront également,  et ainsi de suite.

    Et comme si des omissions d'une telle ampleur n'étaient pas suffisantes, le prix Nobel d'économie 2006 déploie ici tranquillement et comme à son habitude une double couche de brouillard, mais celle-ci, loin de masquer certains éléments du mécanisme, fait soudainement miroiter devant nos yeux un diptyque dont il n'a peut-être pas mesuré en quoi il trahit un résultat essentiel de l'exploitation de l'humain par l'inhumain.

    Premier panneau : "Le capital accumulé d'une économie comprend à la fois des ressources matérielles, telles que les usines et les équipements, et des ressources intellectuelles, telles que l'arithmétique ou l'art de la navigation." Et pourtant, ces mêmes "ressources intellectuelles", donc humaines par excellence, figuraient déjà dans la définition (cf. le message n° 7) du... travail.

    Faudrait-il en déduire que, nées des pratiques humaines, elles se trouvent captées, elles aussi, par les propriétaires des moyens de production (le capital), qui les rétrocéderont en contrepartie d'un travail de formation non rémunéré en tant que tel, alors que ce travail d'une nature très particulière va offrir ensuite au capital qui utilise ces ressources intellectuelles incorporées, des gains de productivité accrus?...

   Quoi qu'il en soit, voilà un premier aveu qui permet de jeter un oeil neuf sur l'ensemble des filières d'enseignement et sur leur éventuelle réappropriation par les populations travailleuses...

    Que le professeur Phelps en soit ici remercié.