E.S. Phelps nous l'a pourtant bien dit : les "gagnants potentiels" doivent se garder, en exerçant une pression trop forte sur la "paie", de s'aliéner le concours des travailleurs dont le seul avantage que leur assure éventuellement la société est de n'être ni exclus de cette même société, ni dans la nécessité d'émigrer... Agir autrement, ce serait risquer de tuer la "poule aux oeufs d'or".

    C'est-à-dire que le prix Nobel d'économie 2006 nous a montré les enjeux cruciaux qui se déroulent aux alentours de la frontière de classe, entre les travailleurs et les propriétaires des moyens de production.

    Mais il ne peut, en aucun cas, se résoudre à tant de clarté. Ce serait ne pas pouvoir faire l'impasse sur l'origine de la création de la richesse économique et sur la nécessité de lui fournir une mesure : le temps de travail.

    E.S. Phelps feint alors de faire un détour par Adam Smith en tant qu'il serait le principal promoteur historique des "marchés libres et concurrentiels". Pour noyer le sens réel des propos de cet Ecossais, il suffit de persister dans l'utilisation de la figure invraisemblable de "propriétaires de ressources" dont feraient partie les travailleurs en tant qu'ils seraient propriétaires de "leur" temps de travail...

    Après avoir ajouté cette petite remarque que le temps de travail n'est en fait qu'un temps retranché sur la durée de vie, et que, loin d'être un "produit", c'est donc, au contraire, une réduction..., laissons à E.S. Phelps le loisir d'essayer de nous perdre dans les sables d'un confusionnisme délibéré : "Adam Smith pose en axiome du monde des échanges le fait que les entreprises s'efforcent toujours de réaliser des profits plus importants, et que les propriétaires des ressources sont constamment à la recherche des meilleurs conditions de rémunération."

    A l'occasion d'une nouvelle parenthèse, il apparaît aussitôt qu'en effet les travailleurs sont intégrés à la cohorte des "propriétaires de ressources" : "Smith suppose ensuite que les propriétaires des ressources (travailleurs, propriétaires terriens, etc.) se trouvent informés immédiatement de toute divergence entre les rémunérations versées dans les diverses entreprises ou les divers secteurs d'activité, et qu'ils connaissent le nouveau taux de rémunération auquel ils peuvent prétendre dès ce moment."

    Voici ce qui peut alors se conclure de ce montage réalisé au détriment de la pensée réelle d'Adam Smith : "De ce fait, s'il se trouve que le travail, la terre ou le capital offre provisoirement une rémunération plus élevée dans un emploi que dans les autres, les propriétaires de ce facteur de production le transféreront de ses emplois les moins rémunérés vers ceux qui le sont davantage, jusqu'à ce que le taux de rémunération attendu soit de nouveau le même dans toutes les utilisations. Ainsi existe-t-il un équilibre où chaque employeur sait qu'il doit payer le travail (et de la même manière, la terre, etc.) au taux en vigueur, ni plus ni moins que le prix le plus élevé que l'on peut en obtenir dans ses autres usages."

    Pour avaler tout cela, il est urgent de n'avoir jamais lu un traître mot d'Adam Smith. C'est ce que nous allons maintenant pouvoir vérifier.